On multiplie par 0,4 le score de chaque liste, et tout le dérisoire de ce cinéma de quartier apparaît d'emblée : les vainqueurs sont à 11,2%, la force montante verte à 6,5%, les perdants à 7%, la
gauche de la gauche additionnée à 5%, le centre écroulé à moins de 4%...
La droite fait une politique de droite pour la clique du Fouquet's et les bandes du Touquet et de Deauville, De Neuilly et d'Auteuil; comme ça ne suffirait pas, elle tient des propos pour les
beaufs de droite, curetons, trouillards, racistes, mesquins, donc elle garde son électorat de fond.
La gauche, quand elle est au pouvoir, ne fait pas une politique de gauche, sert les fesses devant le medef (ça ne l'empêche même pas de se faire mettre profond), et plie devant les "directives" de
l'OMC, de Bruxelles, finance les écoles des curés, caresse le petit actionnaire dans le sens du poil, n’embête pas le gros (mais « fais du bien à vilain, il te chie dans la main »), au mieux se
prend pour le SAMU social en créant des sous-emplois à la con. Et donc perd ses électeurs.
Plus à gauche, il y a des appareillons dirigés par des mégalos caractériels, qui se livrent sporadiquement à de sympathiques rodomontades antigouvernementales, mais se débinent si l'occasion de
construire un rapport de force se présente (Besancenot en 2002, Mélenchon en 2005).
Les écolos recyclés, nouveaux curés verts (parfois de gris), droitiers avec des oripeaux de gauchos, font croire au gogo qu'à défaut de sauver les gens, ils sauveront la planète. Opportunément, une
sorte de documentaire chiant comme la pluie mais joliment tourné est venu rappeler aux patates de canapé qu’il serait bien, et même citoyen, de se bouger un tout petit peu le cul, le lendemain
justement, de faire un geste pour la planète.
Alors dans ces conditions, 60% d'abstention, ce n'est pas malsain du tout. Et c’est plus que de l’abstention, c’est du boycott. Un boycott citoyen, pour dire la défiance, le refus d’envoyer
des clampins de première les représenter dans des instances où tous ronronnent sous le même édredon consensuel.
Moi, finalement, j'ai voté PS, sans raisons ni passion, juste pour emmerder les royalo-collombistes à l'interne et parce qu’il m’arrive aussi de faire de l’humanitaire de proximité. J'ai bien
rigolé quand même de la non élection d'Hamon, qui s'est fait niquer par Aubry après avoir niqué Lienemann: ce n'est plus un parti, c'est un foutoir! (plus sympa qu'un couvent ou une caserne).Mais
le plus drôle, aujourd’hui, c’est d’entendre le fan club de la dame du Poitou réclamer avec une rapidité qui confine à l’indécence, des places à la cheftaine en titre, en se targuant tellement du
résultat des élections que je ne puis m’empêcher de penser qu’ils ont fait ce qu’il fallait pour qu’il en soit ainsi. Alors ainsi soit-il.
Joëlle LOSSON